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La trend de la semaine : Features — Instagram teste les vidéos de 90 minutes

Instagram teste Features, des vidéos horizontales jusqu'à 90 minutes, et propose jusqu'à 500 000 $ à des YouTubeurs. Ce que ce virage vers le format long change pour les marques et les créateurs.

L'équipe kstrNov 2, 20267 min read

La trend de la semaine : Features — Instagram teste les vidéos de 90 minutes

L'essentiel en 30 secondes

  • Instagram a annoncé le 26 octobre 2026 Features, un test de vidéos horizontales pouvant durer jusqu'à 90 minutes.
  • Le test concerne le Brésil et une sélection de créateurs américains. Aucune date n'est annoncée pour la France ou l'Europe.
  • Selon Business Insider, Instagram propose de 50 000 à 500 000 $ à certains YouTubeurs pour publier leurs vidéos longues aussi sur Features.
  • Aucun partage des revenus publicitaires n'est annoncé. Pour l'instant, les marques restent la voie de rémunération la plus claire.
  • À retenir : la trend dépasse Instagram. Le court sert de plus en plus à attirer, le long à convaincre.

C'est quoi, cette trend ?

Pendant des années, les réseaux sociaux ont poussé vers des vidéos toujours plus courtes. Le mouvement s'inverse en partie : même Instagram veut désormais accueillir des podcasts, des interviews et des vlogs complets.

Le test repose sur trois briques :

  • Features : des vidéos horizontales de 90 minutes maximum, séparées des Reels. Elles peuvent apparaître dans le fil et dans l'onglet Explorer, d'après Creator Handbook.
  • Clips as Reels : le créateur tire des extraits de sa vidéo longue et les publie en Reels, chacun renvoyant vers la version complète. Jusqu'à huit Reels peuvent être reliés à une même vidéo, selon Creator Handbook et Inktomi.
  • Les séries : des Reels regroupés en épisodes autour d'un même thème.

L'idée n'est pas totalement neuve. Instagram avait lancé IGTV en 2018 pour les vidéos longues, puis l'a fermé en 2022, faute de succès. La différence, cette fois, c'est le lien direct entre le court et le long, et l'argent mis sur la table pour lancer le format.

Le revirement est assumé. « Pendant longtemps, j'ai été contre la vidéo longue sur Instagram », a reconnu son patron, Adam Mosseri, dans sa vidéo d'annonce, citée par TechCrunch. Tessa Lyons, vice-présidente produit, précise que les Reels resteront au cœur de l'application.

Pourquoi maintenant

La raison principale tient en un mot : YouTube. Et en particulier YouTube sur la télévision.

15,8 %du temps passé devant la télévision aux États-Unis va à YouTube, un record, contre 7,7 % pour Netflix (Nielsen, The Gauge, août 2026)

Le phénomène se voit aussi en France. L'étude Tendances audio-vidéo 2026, réalisée par CSA pour l'Arcom en octobre 2025 auprès de 4 308 personnes de 15 ans et plus, montre que 48 % des Français vont sur YouTube au moins une fois par semaine. Environ deux tiers de ses utilisateurs le regardent sur leur téléviseur.

77 %des utilisateurs français de YouTube regardent des vidéos de plus de 30 minutes, dont 30 % souvent (CSA pour l'Arcom, Tendances audio-vidéo 2026)

La même étude rappelle que le long et le court ne s'opposent pas : 91 % de ces utilisateurs regardent aussi des vidéos de moins de 5 minutes. Instagram, de son côté, touche 41 % des Français chaque semaine. L'enjeu, pour lui, est de garder cette audience quand elle veut regarder plus longtemps.

Il y a enfin une raison de calendrier : Instagram paie pour accélérer. Business Insider a révélé le 29 octobre que certains YouTubeurs se voient proposer au moins 50 000 $, les offres les plus élevées atteignant 500 000 $. Nous n'avons pas pu lire cette enquête directement : les détails viennent de Tubefilter et de Net Influencer, qui la reprennent.

500 000 $C'est le montant le plus élevé proposé à des YouTubeurs pour publier sur Features, selon une enquête reprise par Tubefilter (Business Insider, octobre 2026)

Selon ces sources, les accords ne sont pas exclusifs. La vidéo doit simplement sortir sur Features le jour même de sa mise en ligne sur YouTube. Meta confirme financer des contenus avec certains créateurs, mais pas les montants, jugés confidentiels.

Ce que ça change pour les marques

Inutile de revoir votre plan média demain : Features n'est pas disponible en France, et aucune date n'est annoncée. En revanche, c'est le bon moment pour préparer le terrain.

  • Pensez en parcours, pas en format. Un Reel accroche, une vidéo longue explique. Pour un produit qui demande de la pédagogie (finance, santé, B2B, équipement), ce duo peut être plus utile qu'une série de posts isolés.
  • Regardez les créateurs de formats longs. Podcasteurs, intervieweurs, créateurs de tutoriels : ces profils méritent une place dans votre sélection, même s'ils ont moins d'abonnés que les stars du Reel.
  • Évitez d'acheter de la vue seule. Sur une vidéo de 40 minutes, le nombre de vues dit peu de choses. Demandez plutôt la durée moyenne de visionnage, la rétention au moment de votre passage et les clics.
  • Prévoyez la reprise dans vos contrats. Une même vidéo peut vivre sur YouTube, sur Instagram et en extraits. Précisez dès le départ où le contenu sera publié, pendant combien de temps, et si vous pourrez l'utiliser en publicité.
  • Soignez la transparence. Depuis l'ordonnance du 6 novembre 2024, la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » (ou un équivalent) doit rester compréhensible, sans obligation d'affichage permanent, selon La Lettre des Réseaux. Dans une vidéo longue, le plus sûr reste d'annoncer clairement le partenariat au moment où il commence.

Sur ce dernier point, il reste du travail : l'Observatoire 2026 de l'ARPP, publié le 1er octobre, relève un taux de manquement à la transparence de 18 % pour les créateurs non certifiés et de 10 % pour les certifiés, sur quatre secteurs analysés.

Ce que ça change pour les créateurs

Sur Instagram, la question n'est pas encore de savoir combien rapporte une vidéo longue. C'est plutôt de savoir si votre contenu tient la distance.

Côté argent, restez prudent. Sur YouTube, les créateurs du Programme Partenaire perçoivent 55 % des revenus publicitaires de leurs vidéos. Sur Features, rien d'équivalent n'existe à ce jour : Meta juge « trop tôt » pour présenter un modèle à long terme, et Adam Mosseri dit seulement explorer plusieurs options. Certains créateurs craignent aussi qu'une vidéo vue sur Instagram soit une vidéo de moins vue sur YouTube, donc moins de revenus (Forbes, 2 novembre 2026).

Voici quelques tips concrets pour vous préparer dès maintenant :

  1. Découpez déjà vos vidéos. Avant de filmer, repérez trois à huit moments qui tiendraient seuls en Reel. Vous serez prêt le jour où l'option arrivera, et ces extraits sont utiles dès aujourd'hui.
  2. Testez un format récurrent. Une interview mensuelle ou un rendez-vous thématique donne une raison de revenir. Les séries de Reels vont dans ce sens.
  3. Filmez en pensant aux deux écrans. Le test mise sur l'horizontal 16:9. Gardez le sujet au centre de l'image, pour pouvoir recadrer en vertical sans perdre l'essentiel.
  4. Suivez vos chiffres de rétention. Regardez où les gens décrochent sur vos vidéos longues actuelles. C'est l'argument le plus solide à montrer à une marque.
  5. Proposez un passage sponsorisé, pas juste une vidéo. Présentez à la marque un moment précis, naturel dans votre contenu, accompagné d'un ou deux extraits courts. C'est plus simple à vendre et plus simple à mesurer.
  6. Gardez votre calendrier YouTube. N'abandonnez pas une source de revenus existante pour un test sans rémunération annoncée.

Notre avis

Durable ou feu de paille ? Il faut distinguer deux choses.

Le format long, lui, est durable. Les chiffres de Nielsen et de l'Arcom montrent une habitude déjà installée, surtout sur le téléviseur. Et le duo « extrait court + version complète » répond à un vrai besoin, autant pour les audiences que pour les marques.

Features, en revanche, reste à prouver. IGTV a déjà échoué, et Instagram n'a pas encore de réponse claire à la question essentielle : qui paie, et combien ? Payer quelques YouTubeurs permet de remplir un catalogue, pas de construire une économie pour tous les créateurs. Tant qu'aucun modèle n'est annoncé, nous y voyons surtout un levier de portée.

Pour l'instant, le signal utile est ailleurs : la vidéo longue redevient un sujet de marque, et plus seulement de créateur. C'est aussi pour cela que, chez kstr, nous conseillons de juger une collaboration sur ce qu'elle produit vraiment, et pas seulement sur le nombre de vues affiché. Que Features s'installe ou non, cette habitude restera utile.

Sources

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